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Scène 1

 

(Nicolas, assis sur le canapé, étudie quelque documents. Lorenzo entre par la porte du fond.)

 

Lorenzo (Serein) : Bonjour ! Ta journée s'est elle bien passée ?

 

Nicolas (Calmement) : Oui, et elle deviendra satisfaisante si tu m'annonces que tu rentres de bonne heure pour rester avec ton fils. Mais ceci est sans doute un espoir vain.

 

Lorenzo : La réalité va pourtant rejoindre tes désirs, tu as le droits de t'en étonner.

 

Nicolas : Enfin la raison te gagne ! Oui je m'en étonne.

 

Lorenzo : Sache que j'ai bien réfléchi depuis notre dernière dispute et que j'ai pris la décision de faire des efforts.

 

Nicolas : Si tu me prouves que je peux avoir confiance en toi, quel que soit le chemin de la vie que je prenne, alors je suis d'accord.

 

Lorenzo (Attendrit) : Mon fils ! Comme je suis heureux. Tes paroles me rappellent ta mère lors de notre engagement au mariage et à notre amour éternel. Oui ! Aujourd'hui je te l'avoue, j'ai fait défaut à ma promesse.

 

Nicolas : Le fait que tu le reconnaisses est déjà un premier pas.

 

Lorenzo (Saisissant lentement les mains de Nicolas) : Et puisque nous en sommes à l'heure des confessions, je peux t'assurer que jamais je n'ai rencontré une femme plus belle que ta mère.

 

Nicolas : Papa ! Racontes moi ! Comment était elle lors de votre rencontre ?

 

Lorenzo : Je me souviens de ce moment comme si c'était hier. La douceur de ce soir d'été revient au contact de ma peau à chaque fois que j'évoque ce souvenir. Ce parfum venu du large nous a amené à nous rencontrer. Nous étions tout les deux sur une plage de la Rochelle. Nous avons observé le couché de soleil sur la mer et de fil en aiguille, la poésie a exercée sa magie sur nous.

 

Nicolas : Papa ! Pourquoi as tu trompé sa confiance ? Mon incompréhension reste toujours et encore la même.

 

Lorenzo : Dans notre couple, elle était la belle et je n'étais qu'une bête profitant de son ignorance face à mes péchés.

 

Nicolas : Et maintenant qu'elle est morte, tu es en paix pour apaiser tes désirs. (Il retire ses mains)

 

Lorenzo : Mais désormais, je respecterai la fidélité à sa mémoire si cela peux apaiser ta souffrance.

 

Nicolas : Ce que tu dis là ne couvre pas toute les raisons de cette guerre entre nous. Elles me font tellement de peine que je ne peux les citer. Petit, je croyais que tu étais un père comme les autres. Seulement voilà, en grandissant, on démasque vraiment les faits de nos proches jusqu'à leur porter un jugement et réagir en conséquence.

 

Lorenzo : Heureusement, nous avons su nous parler avant de réagir de façon regrettable. Quoi qu'il en soit, je suis heureux que nous puissions nous entretenir calmement. Tu peux partir sans crainte : la mémoire de ta mère sera désormais respectée et je t'encouragerai en te conseillant dans tout ce que tu entreprendras.

 

Nicolas : C'est un changement soudain auquel je ne croyais plus.

 

Lorenzo : Nos disputes m'ont finalement fait réfléchir sur mon comportement et...

 

Nicolas : Mais penses tu vraiment être capable de respecter tes engagements ? Comment être sur que cette décision n'est pas la fruit d'un coup de tête ?

 

Lorenzo : Il me suffit pour cela de repenser à ta souffrance. A mes yeux, tu tiens indéniablement la première place dans mon cœur.

 

Nicolas : Je voudrais tellement te croire.

 

Lorenzo (Lui ouvrant les bras) : Cela dépend de ta volonté. (Embrassade)

 

Nicolas : Merci papa !

 

Lorenzo : Je comprend à présent tes espérances passées. Mes actes n'étaient pas corrects. Je le reconnais. (Ils se séparent) Tu peux partir te reposer en paix. Ne t'inquiète pas, je me chargerai du rangement de ton matériel scolaire.

 

Nicolas (Se reprenant un peu) : Merci papa ! (Il sort côté jardin)

 

Lorenzo : Je vois que mon combat contre la société n'a pas perturbé pour autant l'apprentissage de mon enfant. Peu importe, je ne pourrai désormais plus le garder bien longtemps à mes côtés. Il est à un âge où il peut voler de ses propres ailes. Il faut se faire une raison et je tiendrai ma promesse par mon soutien. Autant que possible, je voyagerai à ses côtés. Mon amour ne lui ai bien sûr pas confisqué malgré que nos chemins sont différents. C'est à moi de lui fixer les limites sur sa route afin qu'il ne dérive pas au large de la corruption. La société est un terrain où il faut se battre selon certaines règles. C'est à moi de les lui rappeler. (Il se lève et commence à marcher) Mais en ce qui me concerne, je ne changerai rien. Si il est vrai que je lui offre la liberté, il n'a pas pour autant le droit de me diriger. Le souci de satisfaire mon bien être peut s'avérer être un obstacle entre nous. Il doit comprendre que les autres ont aussi le droit d'exister et je suis parmi les autres... à mon grand regret. (Il prend le miroir et s'observe un instant) C'est là la solution ! Rester silencieux et ne lui montrer que mon aspect extérieur voué à son service. La vie dans l'ignorance est parfois plus facile à supporter que celle dotée de la vérité. (Il repose le miroir et se dirige vers la porte en réfléchissant) Oui, cette méthode est la bonne jusqu'à la rencontre d'une réelle âme sœur. (Il sort côté cour, la scène s'éteint).

 

****

 

Scène 2

 

Nicolas (Assis à la table, commentant ses leçons) :Par ailleurs, si j'applique cette théorie, voyons ce que cela me donne. (Il écrit un instant et pousse un léger cri de soulagement) Eurêka ! Enfin je suis venu à bout de cet exercice. La théorie que nous avons apprise en cour s'avère exact. (Il se lève et passe ses mains dans ses cheveux) Pou !... Heureusement que de savant mathématiciens mettent en place des formules de calcul pour nous sortir de ces problèmes là. (On frappe) Entrez ! c'est ouvert.

 

(La porte s'ouvre, un homme noir apparaît).

 

Le représentant (D'un ton fort poli) : Bonjour Monsieur !

 

Nicolas (D'un ton peu aimable) : Que me voulez vous ?

 

Le représentant (Un peu intimidé) : Je suis de la compagnie <<Déco-intérieur>> et je viens vous proposer quelque tableaux.

 

Nicolas : Je n'en veux pas.

 

Le représentant (Toujours aussi poli) : Permettez moi, cher Monsieur, d'insister sur quelque...

 

Nicolas (D'un ton autoritaire) : Je vous dis que je n'en veux pas. Partez !

 

Le représentant (Toujours aussi poli) : Je vous laisse alors un catalogue. Vous pourrez ainsi...

 

Nicolas : Non ! Je ne veux pas de tableaux, ni maintenant, ni plus tard.

 

(Lorenzo apparaît derrière le représentant.)

 

Lorenzo (Souriant) : Excusez moi Monsieur, puis je rentrer chez moi.

 

Le représentant : Bonjour Monsieur ! (Lorenzo lui fait la poignée de main)

 

Lorenzo : Que nous vaut l'honneur de votre visite dans ma modeste demeure ?

 

Le représentant : Oh ! Excusez moi ! Je croyais que j'étais chez ce jeune homme.

 

Lorenzo : Effectivement, ce jeune homme est mon fils et il vit avec moi.

 

Nicolas : Comme tu étais absent, je me suis permis d'être le maître de maison. Je disais justement à cet étranger que...

 

Lorenzo : Ce n'est pas grave ! Je suis rentré maintenant et je me tiens à votre entière disposition.

 

Le représentant : Comme je disais à votre fils, je représente la compagnie <<Déco-intérieur>>. Je venais de lui proposer un catalogue gratuit lorsque vous êtes arrivé.

 

Lorenzo : Mais restez ! Nous allons discuter de tout cela.

 

Nicolas : Mais je viens de lui dire que nous n'étions pas intéressé.

 

Lorenzo : Eh bien ? Ce n'est pas toi qui m'a conseillé il y a peu de consacrer un peu plus d'argent à notre maison. On pourrait commencer par la décoration, qu'en dis tu ?

 

Nicolas : Oui, mais tu...

 

Lorenzo (Se retournant vers la représentant) : Monsieur ! Vous êtes le bienvenu pour nous offrir vos précieux conseils.

 

Nicolas : Puisque je vous gène tout les deux, je me retire dans la pièce voisine pour me consacrer à des choses plus sérieuses : mes études .

 

Lorenzo : Comme tu veux, mais je souhaite te parler après mon entretien avec ce Monsieur. (Nicolas sort sans regarder son père et claque la porte.) Allons ! Vous pouvez vous installer sur le canapé.

 

Le représentant : Je vous remercie de votre attention Monsieur.

 

(La scène s'éteint)

****

 

 

Scène 3

 

Lorenzo (Seul sur scène, accrochant un tableau au mur) : Ce tableau est une beauté pure. La finesse, la minutie dans les détails affinent le message de cette œuvre. Dans l'ombre, un artiste observe la réalité présente pour mieux conseiller le futur.

 

(Nicolas entre sur scène côté jardin, Lorenzo se retourne vers lui.)

 

Nicolas : Ça y est ! Le nègre est parti ?

 

Lorenzo : Arrête de refuser la particularité des individus. Viens t'installer sur ce canapé mon fils, il est nécessaire que je te parle.

 

Nicolas : Que ta colère s'éveille face à mes faits de tout à l'heure et à mes paroles de l'instant ne changera rien en mon esprit.

 

Lorenzo : Le passé n'est qu'un prologue qu'on ne peut changer. Il ne sert donc à rien de s'énerver. Modifier le futur tel qu'il se dessine est un acte du présent que je souhaite accomplir par mes conseils. Allons, viens !

 

Nicolas : Et si je refuse ton invitation ?!

 

Lorenzo : Je suis persuadé que l'écrivain de ta vie n'utilise pas le plumier d'une encre aussi malfaisante. (Il s'assoit sur le canapé)

 

Nicolas : Et quels vont être les conseils que tu veux me prodiguer ? (Il s'assoit également sur le canapé)

 

Lorenzo : Essais de ne plus repousser les différences de ceux qui t'entourent. Je te respectent malgré tes paroles et tes actes. Fais de même envers...

 

Nicolas : Ne serait ce pas toi qui devrais être satisfait ? Vois ! Les personnes de ta race t'acceptent comme tu es et attendent vainement de toi une réciprocité. Or, au lieu de cela, tu te révoltes contre cette majorité en soutenant les étrangers.

 

Lorenzo : Tant que la vie me prêtera du temps, je m'efforcerai à défendre mes idées de tolérance.

 

Nicolas : Mais tu n'es pas le centre du monde qu'on suit à la lettre. Ne vois tu pas les élections qui se profil à l'horizon. Oh bien sûr, tu es peut être plus préoccupé par tes conquêtes amoureuses.

 

Lorenzo (Choqué) : Nicolas ! Je te défends de me dire cela. Je me suis résolu à te satisfaire.

 

Nicolas : Très bien ! Eh bien essais de me comprendre à présent. Rien ni personne ne peut changer mes idées tant que je vivrai. Et je tiens justement à m'engager dans ce train de pan-urge.

 

Lorenzo : Non ! Ne fais pas cela ! Si une guerre éclate tu risquerais d'y être entraîné.

 

Nicolas : Mais comment peux tu le prédire ? Une guerre éclatera... tu m'annonces ceci sans sourciller. Mais tu oublies quelque chose : nous sommes dans un régime démocratique. Si la majorité votent contre les étrangers, il serait idiot que ceux ci se révoltent en ne voyant que la défaite au bout.

 

Lorenzo : Puisse tu avoir raison.

 

Nicolas (Se relevant assez brusquement) : Mais bien sûr que j'ai raison. Et que veux tu qu'il arrive à tes nègres, tes asiatiques et autres ? Nous avons déjà eu une guerre pour dire : << Non plus jamais ça>>. Ne t'inquiète pas. Nous les renverrons chez eux sous bonnes escortes et tu changeras d'opinion.

 

Lorenzo : Oh non ! Je me battrai contre ce fléau et tu devrais faire de même si tu veux avoir ta conscience en paix.

 

Nicolas : Ne t'en fais pas pour ma conscience. Je fais les choses dans mon intérêts et tu devrais faire de même. Tu es français, reste le et tout ira bien pour toi.

 

Lorenzo (Se relevant) : Que tu t'engages dans l'avenir avec cet objectif me fait de la peine.

 

Nicolas : Au moins je cesse de me retourner. (Ils sortent)

 

****

 

Scène 4

 

(Lorenzo et Nicolas sont assis à la table.)

 

Lorenzo : Observe la règle et tu trouveras la solution.

 

Nicolas : Très bien ! Je vais appliquer le théorème pour en déduire le résultat recherché. (Il tourne la tête et sourit à Lorenzo).

 

Lorenzo (Surpris et amusé) : Qu'y a t-il ?

 

Nicolas : Mon regard assiste à un spectacle que même ma propre personne croyait désormais perdu à jamais.

 

Lorenzo : Un homme peut changer son attitude, la preuve en est faite. (Il se lève)

 

Nicolas : Mais ceci n'efface et n'excuse pas tous les actes de corruption. (Se ravisant) Toutefois, puisque tu fais des efforts et puisque je ne peux te haïr pour le reste de ma vie, j'accepte de tourner la page sur ce qui nous a précédé. (Il se lève également)

 

Lorenzo : Tes paroles apaisent mon inquiétude au sujet de nos relations.

 

Nicolas : Mais ceci dit, je considère encore avoir la liberté d'opinion, d'idée, de mon cheminement dans l'histoire.

 

Lorenzo : Mon garçon ! Je te le dis sincèrement en espérant que cela ne te mènera pas à ta perte : je te laisse désormais libre de voler de tes propres ailes. Néanmoins, de par mon expérience, je te donnerai quelque conseils.

 

Nicolas : Je te remercie de me reconnaître enfin comme une personne responsable.

 

Lorenzo : Saches que je suis fier de m'entendre enfin avec toi.

 

Nicolas : Les humains sont capables de résoudre les situations les plus difficiles : la preuve en est faite.

 

Lorenzo (Souriant) : Je vois que tu as retenu la leçon.

 

Nicolas : J'ai enfin trouvé le père que je souhaitais. (Il sort par la porte du fond.)

 

 

Lorenzo (Il baisse les yeux, se voile le visage de la main , relève le regard et d'une voix lugubre dit°)°: Mais avoir conquis la confiance de mon fils ne m'éloigne pas de mon paroxysme de souffrance. Son départ vers le grand voyage de la vie est proche. Je viens de lui en donner les clés. Que ferais je alors°? La solitude totale prendra alors place à mes côtés et l'amour que je porte pour mon fils ne sera plus qu'un doute. Sa confiance envers moi sera substituée par la passion qu'il portera envers une fille. Il constituera une famille auprès de laquelle il passera la plupart de son temps. C'est la vie ! Il me laissera sur le bord du chemin. Si seulement il pouvait comprendre que cela serait moins pénible pour moi de refaire ma vie.

 

(La porte du fond s'ouvre, Nicolas entre.)

 

Nicolas (Souriant ) : Excuse moi papa ! Notre mise au point de toute à l'heure m'a tellement bouleversée que j'en ai oublié mon portefeuille. Imagine ma honte si, au hasard d'une rencontre, je n'aurais pu offrir une consommation à ma dulcinée.

 

Lorenzo (Faussement amusé) : En effet, tu aurais eu l'air malin.

 

Nicolas : C'est justement ce que je pensais. Et toi ? Que faisais tu encore ici ?

 

Lorenzo : Oh moi ! Je repensais à tout à l'heure et je me félicitais d'être enfin devenu un bon père pour toi.

 

Nicolas : Mieux vaux tard que jamais !

 

Lorenzo : Et je peux t'assurer que désormais tes décisions seront conformes à tes ambitions et non au fruit de mon influence. Mes conseils ne seront qu'une annexe à ta réflexion. Se faire la guerre pour des idées est la stupidité même. Quoi que tu dises, tu resteras mon fils.

 

Nicolas : Je croyais plus pouvoir te le dire franchement, mais du fond du cœur, je t'aime Papa. (Il embrasse son père.)

 

Lorenzo : Je suis heureux que tu ai enfin la conscience en paix. Allons ! Vas sans peine avec tes amis.

 

Nicolas : Merci Papa ! (Il sort par la porte du fond.)

 

Lorenzo (Se masquant le visage de la main de nouveau) : Il est heureux, c'est le plus important à mes yeux. Et moi cependant... En le respectant, je limite ma liberté. Je vais finalement devoir appliquer ma décision de l'autre jour en veillant à ce qu'il reste dans l'ignorance. L'ignorance... Parfois il vaut mieux être sous son emprise qu'avoir l'honnêteté devant soit. La preuve en est faite : il est heureux avec mon silence menteur. Je crains l'avenir qu'il vient de me faire. Ma décision est prise. (Il sort côté cour).

 

 

 

 

VERTU OU CORRUPTION

ACTE II

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