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Scène 1

 

(La porte du fond s'ouvre, Lorenzo apparaît à l'entrée)

 

Lorenzo : Mais je vous en prie, entrez très chère ! Cette demeure se fait une joie d'accueillir une déesse telle que vous.

 

Ève (Entrant) : Merci beaucoup ! Vous avez là un magnifique logement.

 

Lorenzo : Oh !... Mais aucun de ses éléments n'égale votre beauté. (Ils s'assoient sur le canapé, les yeux dans les yeux) La fleur que vous êtes éblouie mon fort intérieur d'une sensualité incomparable. (Il prend les mains de Ève, celle ci se laisse faire.)

 

Ève : Serait ce une déclaration d'amour.

 

Lorenzo (Se rapprochant de Ève) : Éviteriez vous une telle demande ?

 

Ève : Je n'oserai point devant un homme si séduisant que vous.

 

Lorenzo : Vous êtes aussi très...

 

Ève (Posant son index sur les lèvres de Lorenzo) : Chut !... Le silence permet de conserver l'excitation du mystère. Nous sommes alors libre d'interpréter les pensées de l'autre.

 

Lorenzo : Peu importe cette liberté, je suis séduit par votre façon de penser. Nos violons s'accordent sans aucune concession. C'est formidable... Je suis assis au côté de celle que j'admirai depuis si longtemps dans ses réflexions contre la société. J'ai même peur de paraître ridicule face à vous. Mais j'ai aussi peur de regretter un jour de ne pas avoir saisi ma chance. C'est donc pour cela que ce soir je décide de franchir le pas.

 

Ève : Et Nicolas ?! Êtes vous bien sûr qu'il acceptera notre union ?

 

Lorenzo : Nicolas est maintenant un jeune homme libre de ses responsabilités. Même si quelques comportements peuvent le heurter, je suis certains que ceux ci formeront son caractère pour faire face à la société.

 

Ève : En tout cas je vous retourne le compliment, j'aime votre politique d'éducation. Notre amour est incontestablement...

 

Lorenzo (Posant son index sur les lèvres de Ève) : Chut !... Vous oubliez le mystère du silence.

 

Ève : Peu importe ! Mon Amour est tel que je ne peux le retenir. Je t'aime.

 

Lorenzo : Je t'aime aussi : déesse avec qui je veux cheminer le reste de ma vie. (Ils s'embrassent).

 

(La porte du fond s'ouvre, Nicolas entre)

 

Nicolas (Outré) : Comment !... Tu as osé tromper ma confiance.

 

Lorenzo ( Se retournant lentement vers Nicolas) : Fiston ! Je viens de m'engager dans un amour de sincérité. Une autre vie commence pour moi.

 

Nicolas : Et maman ?!... Et moi ?!... Tu nous oublies ? Tu fuis ton histoire ?

 

Lorenzo (D'une voix douce) : Non fils ! Je relève la tête et je regarde vers l'avant. Dans peu de temps tu partiras pour fonder une famille et je ne peux supporter l'idée de vieillir seul. Tu prends désormais tes propres responsabilités et je ne veux être un fardeau de conscience pour toi.

 

Nicolas : Je n'arrive pas à y croire... Et tu m'avoues cela sans honte devant ta bien aimée. Franchement, tu la prends vraiment pour un animal de compagnie.

 

Lorenzo : Saches fils que nous nous sommes engagé par consentement mutuel.

 

Ève : C'est exact Nicolas.

 

Nicolas : Je n'arrive vraiment pas à y croire. Oh mais ne t'inquiète pas. Tu vois comment tu agis... Et bien ce sera la raison pour laquelle je ne serai pas meurtri de conscience à ton sujet.

 

Lorenzo : La tempête de la haine se reflète dans tes paroles, les miennes s'illuminent d'amour. (Il

 

tourne son regard vers Ève) Chérie ! Si cela ne te dérange pas, je voudrais m'entretenir avec mon fils. Acceptes tu de repousser nos projets pour ce soir.

 

Nicolas : Ne partez pas. Je veux que vous sachiez qui est mon père.

 

Ève : Nicolas ! Tu as visiblement du mal à accepter que ton père refasse sa vie, mais c'est quelque chose de tout à fait naturel, je t'assure.

 

Nicolas : Et voilà la meilleure ! Elle me fait une leçon de morale maintenant. Tu pourrais au moins me tenir au courant de tes relations.

 

Lorenzo : Je voulais t'en parler ce soir. Nous avions d'ailleurs projeté de nous rendre tous les trois au restaurant afin que vous puissiez mieux vous connaître.

 

Nicolas : Tais toi ! Tu me dégoûtes ! Figures toi que hier soir, sur ce canapé où tu fautes avec cette inconnue, je faisais appel à maman pour comprendre pourquoi je me suis senti obligé de suivre tes conseils pour le vote. Oui, maintenant tu le sais. J'ai voté en faveur des étrangers pensant que tu avais raison. Je devenais plus tolérant, plus confiant, m'efforçant de combattre mes doutes envers toi. Et voilà qu'aujourd'hui je suis le seul à avoir changé suite à nos discussions, à nos disputes. Le mensonge constitue ton masque, c'est ça. En fait, depuis notre première dispute au sujet de maman, tu n'es que le reflet de ce que je demandais de toi.

 

Lorenzo : Nicolas ! Il faut que je t'explique quelque...

 

Nicolas : Non, tais toi ! Tu ne cesses de me dégoûter. J'ai honte d'être ton fils. (Il sort côté jardin)

 

Lorenzo : Je regrette que tu ais dû assister à cette scène d'énervement. Il ne savait pas ce qu'il disait.

 

Ève : Je l'excuse d'avance.

 

Lorenzo : Néanmoins, je crains que nous soyons obligés de repousser notre soirée. Je trouve malsain de porter un masque d'ignorance après un moment comme celui ci.

 

Ève : Ton amour paternelle va de soi et je ne suis pas pressée pour l'évolution de notre relation amoureuse. J'attendrai le temps qu'il faudra.

 

Lorenzo : Je te remercie de compatir avec patience à son éducation. (Il se lève, Ève suit le mouvement)

 

Ève : Oui ! Je pense très sincèrement que la patience est la meilleure attitude à adopter dans une situation comme celle ci.

 

Lorenzo (Accompagnant Ève à la porte) : Je ne sais que dire pour te remercier.

 

Ève : Alors respectes le silence que nous avons établi tout à l'heure. Je comprends que tu sois bouleversé. Allez ! Courage ! Je te sais capable de subvenir au besoin affectif de ton fils en préservant notre amour. (Elle embrasse Lorenzo) Allez, au revoir. (Elle sort)

 

Lorenzo (Il ferme la porte puis dit) : Que dois je faire maintenant ?

 

(La scène s'éteint)

 

****

Scène 2

 

(La scène s'allume. Lorenzo est assis sur le canapé, les coudes sur les genoux, le menton sur ses poings.)

 

Lorenzo : Oui !... Comment puis je faire autrement. Je suis dans une impasse. (La porte côté jardin s'ouvre. Nicolas entre et se dirige sans rien dire vers le côté cour.) Attends ! Je suis désespéré. Je veux tellement que tu me comprennes. N'était ce pas toi qui me disais que le meilleur moyen de ne pas se frotter à la dispute était de garder le silence ?

 

Nicolas : Et n'était ce pas toi qui me conseillais l'expression des sentiments les plus profonds pour le bien être ?

 

Lorenzo : Tu n'as pas appliqué cela pour ton vote. Tu t'es laissé influencer.

 

Nicolas : Me le reprocherais tu ? Dans quel but étaient prodigués tes conseils ? (Lorenzo reste silencieux) C'est bien ce que je disais, je suis le seul à avoir fourni des efforts vis à vis de notre relation. (Il se dirige côté cour. Lorenzo le retient à nouveau.)

 

Lorenzo : Non ! Attends. Je m'y suis mal pris, je le regrette.

 

Nicolas : Et c'est maintenant que tu t'en aperçois ! Combien de regrets devrais je entendre ?

 

Lorenzo : Comprend moi ! La solitude me fait peur. Bientôt tu partiras faire ta vie.

 

Nicolas : C'est tout ce que tu mérites.

 

Lorenzo : Non Nicolas ! Ne dis pas cela. Je suis réellement déchiré entre ta satisfaction et mon effroi vis à vis de la solitude. Saches que moi aussi je souffre de la mort de ta mère.

 

Nicolas : C'est trop tard, je ne t'écoute plus. (Il sort côté court).

 

Lorenzo : Nicolas reviens !... Reviens mon fils, par pitié. (Il tombe à genoux et pleure dans ses mains) Pourquoi tant de haine de ta part ? Pourquoi tant d'incompréhension ? (Il se relève) Je te croyais capable d'assimiler mes désirs. Me serais je trompé à ce point ? Tant d'interrogation qui pèse en mon esprit. Serais tu devenu un étranger pour moi ? Je ne comprend plus tes réactions. (Nicolas reviens sur scène et se dirige vers la porte du fond). Nicolas, où vas tu ?

 

Nicolas : Ça y est ! Tu t'inquiètes enfin de moi.

 

Lorenzo : Mais tu es mon fils...

 

Nicolas : Tais toi ! Tu me dégoûtes. Plus que jamais tu as bafoué ma confiance. Ce soir, c'est l'heure de payer tes mensonges.

 

Lorenzo : Mais Nicolas... Où vas tu si tard ?...

 

Nicolas : Je t'ai demandé de te taire. Je vais faire en sorte que ta vie sombre dans les profondeurs des remords.

 

Lorenzo : Ne laisse pas ta colère s'installer entre nous.

 

Nicolas : Et c'est toi qui oses me dire ça ; Toi à cause de qui cette zizanie m'emporte dans les méandres de la haine.

 

Lorenzo : Mais comprend moi, je...

 

Nicolas : Non, je ne t'ai jamais compris et je ne prends plus la peine de réfléchir. Ce soir, j'ai honte... honte d'être ton fils, honte de reconnaître qu'il m'est arrivé de croire à tes prévisions de guerre et de m'en être affolé. Oui, j'ai douté l'autre soir, mais aujourd'hui je m'aperçois de ton profit envers ma crédulité. Tu n'as jamais compris qu'on ne pouvait pas avancer sainement sans jamais se retourner. Tu ne corrigeais jamais tes erreurs.

 

Lorenzo : Parlerais tu de l'adultère vis à vis de ta mère ?

 

Nicolas : Tais toi ! En plus de ceci, il y a le silence honteux que tu préservais.

 

Lorenzo : Mais comprends ce silence.

 

Nicolas : Oh non !... Non tu n'as jamais été capable de me diriger dans la voie de la société. Ce soir, j'ai tout à réapprendre alors je pars de cette demeure. D'ailleurs, je ne sais plus où je vais ni qui je suis. Oh rassure toi, ce n'est pas toi qui as voté mais bien moi et je ne regrette nullement mon choix. De toute façon, cela ne change rien, nous avons perdu. Maintenant, je dois non seulement reconstruire ma vie mais aussi renier tout ce que j'ai hérité de toi afin de bâtir ma vie dans le droit chemin. Ce soir, je pars un peu au hasard afin de m'oublier un peu dans des nouveautés qui perturberont mes habitudes. Je veux, l'espace d'un instant oublier qui je suis. Je n'observerai aucune règle mais je pressens déjà que j'obtiendrai une solution à mon retour ici.

 

Lorenzo : Mais c'est terrible pour un père de ne pas savoir où va son fils.

 

Nicolas : Pas plus que l'ignorance d'un fils au sujet des absences répétées de son père. Tu me faisais croire que la raison t'avait gagnée, mais tu ne portais en fait qu'un masque derrière lequel tu fautais sans cesse. En fait, à chaque soir où nous avions une dispute, tu as cherché à m'influencer contre mon gré. Félicitation, tu as réussi. Tu m'as appris à accepter les différences mais je n'accepterai jamais celles qui te régissent. Ma conscience n'en sera pas plus affectées.

 

Lorenzo : Constates au moins que tu es hypocrite envers moi. Tu sors faire ta vie et tu m'empêches de faire la mienne.

 

Nicolas : Une expérience amoureuse à la fois ne te suffit pas. Rappelle toi de ton adultère envers maman. Saches que ce soir, je crache sur le nom que j'ai hérité de toi. J'ai honte qu'il me désigne.

 

Lorenzo : Mais que vas tu faire ?

 

Nicolas : Tu as viré la barre de mon vote mais tu ne dirigeras pas ma vie. Tu n'es plus digne de me donner des conseils. Je refuse de perpétuer tes idées obscènes.

 

Lorenzo : Pitié ! Ne fais pas quelque chose que nous pourrions regretter.

 

Nicolas : Ne compte pas sur moi ! Je ne regretterai rien si l'envie me prend d'aller rejoindre ma mère.

 

Lorenzo : Ta colère te fait dire n'importe quoi. Essais de te réso...

 

Nicolas : Et pourquoi n'aurai je pas le droit de refermer ma blessure en rejoignant définitivement ma mère ? Est ce toi qui vas m'ôter ce droit ? (Lorenzo reste silencieux) Je vois que nous n'avons plus rien à nous dire. Une fois de plus, le silence s'empare de toi. Serait ce la vérité qui te blesse ainsi ? Rassures toi, je n'attends aucune réponse de ta part. (Il sort par la porte du fond).

 

Lorenzo ( Tombant à genoux) : Je ne suis qu'un misérable demandant seulement l'amour par mon aumône. On me jette à la figure la haine de cette recherche. (Il se relève et fait quelque pas) Calme toi, essais de retrouver la sérénité. On ne peut réfléchir lorsqu'on est bouleversé. (Il réfléchi un instant en silence). Et pourtant la solution devient pressante, la situation est grave. Nicolas veut renier ses origines, il est vrai qu'elle ne sont pas pure de vertu. Et pourtant ! La corruption est parfois meilleure que la vertu. De plus, il n'y a rien d'outrageant à refaire sa vie. Malheureusement, il refuse d'admettre ceci. Néanmoins, il reste avant tout mon fils et je me dois de le protéger quelque soit son jugement. Le temps apaisera sa colère et il reviendra vers moi... Je l'espère ! J'ai profité trop longtemps des avantages de son ignorance. Cette vérité l'a sans aucun doute blessé. Mais maintenant que le silence est abattu, je serai fidèle à ma prochaine conquête. Le fleuve de ma vie sera alors éloigné de ma solitude et coulera dans un seul lit... Mais ses paroles, son désir de rejoindre sa mère me rendent soucieux. Il ne sais plus où il va, c'est clair, c'est le fruit de sa colère. Là encore, je l'espère. Oui ! Laissons passer le temps, il guérira ses blessures amères.

 

(La scène s'éteint)

 

****

Scène 3

 

(Des bruits de bombes, de personnes qui courent se font entendre dans le noir. Lorsque la lumière revient sur scène, la porte du fond s'ouvre, Nicolas entre.)

 

Nicolas (Entrant tout essoufflé) : Arrêtez ! Arrêtez cette guerre, stoppez ces conflits. Oh mon père ! Pourquoi n'êtes vous pas à mes côtés lorsque la peur s'empare de mon esprit. (Il saisit le miroir sur la table) En ce miroir où je me regarde, je ne me reconnais sous aucun de ses reflets. (Il repose le miroir) En ce monde où rien est parfait, vous êtes pris dans la corruption et c'est pourtant en cela que je ne vous situe plus. Aujourd'hui je réfléchis à nos disputes et je ne sais pourquoi je voudrai que le blessé abatte le plus fort des athlètes, que le plus démuni soit plus satisfait que l'homme le plus riche du monde dépourvu d'amour vrai... et que le brigand se juge lui même afin de s'affliger une sanction. Oh père ! Vous qui croyez défier le réel comme un Dieu, regardez trembler votre dignité à l'instant où vous aurez tout perdu. En ce jour où le système est détruit, la nature a repris ses droits et l'humain est redevenu un homme. Il tue ceux qui barrent ses idéologies. C'est un monde en désuétude, totalement détruit que nous, les jeunes, nous allons reprendre en guise de flambeau. Notre devoir sera d'élaborer un système nouveau. Vous, les aînés, vous n'enseignez même pas le compromis. L'avenir d'une vie est incertain selon les pulsions que l'on éprouve. (Il baisse la tête face au sol, puis la relève lentement). Contre mon gré, mon choix est fait. (Il sort côté jardin, Lorenzo entre par la porte du fond).

 

Lorenzo (Fortement inquiet) : Nicolas mon fils, es tu là ? Pitié je t'en conjure, réponds moi.

 

Nicolas (Revenant sur scène, un baluchon à la main) : Ah te voilà enfin ! Tu es enfin rentré de tes rendez vous avec tes courtisanes. Maintenant que je vous ai surpris, tu ne les invites plus ici et tu vas me faire croire que tu ne les fréquentes plus.

 

Lorenzo : Que dis tu mon fils ? Je suis rentré car je m'inquiétais pour toi.

 

Nicolas : Je ne te crois plus. Et même si c'était vrai alors tu voudrai te donner une bonne conscience en étant avec moi dans ces moments de tourmentes où les hommes se battent pour des idées.

 

Lorenzo : Cela les mènes à leur pertes.

 

Nicolas : Écoute moi...

 

Lorenzo : Que fais tu avec ce baluchon à la main ?

 

Nicolas : Figure-toi que je m'en vais rejoindre le peuple contre l'armée.

 

Lorenzo : Que dis tu ?

 

Nicolas : Oui ! Je vais rejoindre les étrangers en faveurs desquels j'ai voté.

 

Lorenzo : Pourquoi vas tu combattre ? Tu disais l'autre soir que nous devions ignorer leur

 

réactions. Ne tiendrais tu pas ta paroles ?

 

Nicolas : Ce n'est pas à toi de me reprocher cela, ta parole envers maman n'a jamais été fiable.

 

Lorenzo : La mort nous a séparés ; cela a été terrible pour moi.

 

Nicolas : Et bien prépare toi à revivre cette atroce douleur. Combattre pour l'honneur d'une vie est moins important qu'il y paraît, mais plus difficile à atteindre. Mon honneur sera de sacrifier ma vie pour me venger de ton adultère. Songe que cette guerre est le seul brin d'herbe auquel je peux cramponner mes ongles sur cette falaise du temps pour venger maman. Je ne veux pas que les autres me soupçonne d'une quelconque folie... Lors de sa mort, j'ai regretté de ne pas lui avoir dit que tu l'a trompais. Depuis, j'ai sans cesse espéré un moment comme celui ci pour te punir.

 

Lorenzo : Non fils ! Ne fais pas cela...

 

Nicolas : Je vais le faire pour au moins tenir ma parole donnée par mon vote. Je tomberai pour leur liberté, pour contribuer à un monde plus juste. Souviens toi du passé ! Tu évoquais les révolutionnaires qui se sont battus pour que les déontologies changent, pour que l'histoire tourne. Eh bien aujourd'hui, elle tourne encore et je ne veux pas être de ceux qui ne bougent pas. Hier, je t'ai dit que ma position au vote ne changeait rien car nous avions perdu. C'était vrai. Depuis, tu as trompé ma confiance, ma position change tout à la vie que j'envisageai. Je vais me battre au côté des étrangers espérant en finir une fois pour toute avec mes incompréhensions vis à vis d'eux, vis à vis de toi.

 

Lorenzo : Non !... Je t'en supplie...

 

Nicolas : Je refuse de construire mon existence dans un tel système. Le moment est venu de refermer mes blessures en rejoignant maman.

 

Lorenzo : Tu peux bâtir ta vie sans prendre ce système au pied de la lettre.

 

Nicolas : Non père ! Voilà mon ultime décision. Je suis satisfait de te l'avoir annoncée avant mon départ ; à toi qui en es la cause principale. (Il sors par la porte du fond)

 

Lorenzo (Essayant de suivre Nicolas mais titubant puis tombant à genoux) : Non... Nicolas... Que ce passe t-il ?... Mes mains tremblent, le froid s'empare de moi. Je découvre cette maison, je ne suis plus chez moi. Elle est vide. Oui, le froid y est constamment présent, la maladie s'y installe par la terreur et la folie vient y demeurer. Pourquoi ? Pourquoi cette guerre ? Père, fils, frère, nous y sommes tous. (Il se lève). La politique nous a éloignés, nos mains se sont délié et nous sommes tous devenu des assassins, des animaux défendant leur territoire, leur but, leur propre vie. La société est redevenue sauvage, mon cœur se serre... Mais mon fils... Comment ai je pu le laisser devenir ainsi ? (Il fixe le miroir posé sur la table.) Non sale objet !... Je ne veux pas te regarder, je ne reconnaîtrais pas le fils que je croyais avoir éduqué. Je ne verrais que moi. (Il lève brusquement les yeux en disant :) Oh ciel°! (Le plafond devient rouge) Cela serait il de ma faute ? Ne l'aurai je pas bien écouté, bien compris ? Mon fils était la seule lumière qui me rassurait, qui combattait ma solitude. Et ce rouge ! Rouge comme le sang ? Serait ce le sang des premières victimes de cette guerre ?... Espérons que celui de Nicolas ne s'y trouve pas. Mais à chaque seconde qui passe, cette lumière fine s'éloigne de plus en plus. Et moi, lâche que je suis, je reste là sans rien faire de peur d'être personnellement touché... Quel père suis je ? Est ce cela que Nicolas a voulu me faire comprendre ? Dans ce cas là je dois réagir, être plus fort que cette peur. Et ce ciel de plus en plus rouge ! Sûrement rempli de sang. Et cette tempête qui souffle me perd... Je ne peux me voiler la face, je suis au pied du mur, je vais perdre tout ce que j'avais bâti. Quel dieu peut infliger tout cela à un homme ?...

 

(La porte s'ouvre, un homme déguenillé traîne Nicolas sur l'épaule, fait quelque pas avant de s'effondrer par terre. Lorenzo accoure vers eux, Nicolas a perdu conscience, les vêtements plein de sang.)

 

L'homme (Agonisant) : Ils nous ont tiré dessus sans sommation, sans que nous... nous... nous montrions hostile. (Il meurt)

 

Lorenzo (Il s'effondre en larmes dans ses mains) : Je ne peux plus rien... Le passé est trop lourd à porter... Il me reste à venger la mort de mon fils... Même si je sais que c'est en grande partie moi qui l'ai tué. (Il éclate en sanglot de plus belle, se reprend peu à peu et se relève, titubant néanmoins) Non !... Non je n'ai pas le droit de rester sans réagir. Je suis encore en vie et je peux disposer de mon corps. Je vengerai mon fils. Je vais tuer ce chef d'état qui est à l'origine de cette guerre. (Il brandit les bras vers le ciel). Toi fils qui domine ma souffrance ! Tu m'as puni pour aller rejoindre l'amour de ta mère, je vais te montrer que je tenais à toi.

 

(La scène s'éteint)

 

****

Scène 4

 

(La scène s'allume, une barrière de bois est au milieu de la scène, rien ne l'entoure. Lorenzo entre sur scène, un sac à dos à l'épaule.)

 

Lorenzo : La révolution se déplace, je ne fais que fermer le mouvement. (Il s'appuie contre la barrière) Je prépare mon coup avant d'agir. On craint plus facilement la foule, on ignore la violence d'un homme seul. Je n'aurai qu'une seule chance, la rigueur est de mise. J'atteindrai mon but en assassinant moi même l'homme qui est la racine de cette révolte. Si nous l'arrêtons pas, il deviendra aussi la racine des générations futures, lui et ses partisans. (Il masque son visage de ses deux mains puis lève son regard vers le ciel.) Et vous, femme divine... Pourquoi me punissez vous de la sorte ? La lampe de ma vie éclairait la nuit du chemin emprunté par mes pas sous la pluie de ma souffrance. J'avais dans l'esprit l'idée de retrouver une ressemblance dans ma danse. Je guidais ma marche en choisissant un sentier quelconque qui permettait l'avancé de mon existence, vaine d'un amour véritable après votre mort. Et lorsque venait le silence, face aux étoiles assistant au merveilleux concert de l'hibou, je vous confondais honteusement, l'espace d'un instant, avec l'une de mes conquêtes. Et après, par le regard de mon fils, je me retirais dans le passé sans honte. Le souvenir de votre âme m'envahissait. Mais la souffrance me torturait et me torture vis à vis de l'avenir obscur inévitable. Tu étais à toi seul un soleil dans le sombre corridor de ma vie. Malheureusement, tu t'es éteinte. Je me souviendrai toujours du jour où l'on nous a annoncé ton décès. L'enfant a regardé votre corps sans vie, le regard rempli de peine, le cœur rempli de courage : jamais il n'a versé une larme... Oh mon dieu ! Ce n'était pas du courage mais de la haine envers moi. Dès ce jour, il s'est donné la mission de me laisser seul pour la vie. Il a atteint son objectif et aujourd'hui, je souffre. (Il se redresse) La vie !... C'est une danse, une musique qui passe et qui repasse les mêmes refrains séparés par des couplets différents. La vie ! (Il commence à tourner sur lui même les yeux levés vers le ciel) C'est une chanson engagée sur une musique qui me fait encore et toujours tourné la tête. (Il commence à vaciller de gauche à droite) Ce tournoiement est à cause du bien, du mal, de la vertu, de la corruption suivant le chemin que l'on emprunte. Aujourd'hui... Aujourd'hui je condamne le système qui commande ce tournoiement du monde. Tous ces gens qui se disent indépendant suivent en fait les autres de peur de défendre seuls une idée et d'en élever la colère des autres. Soyons honnêtes et voyons ce que chacun de nous pense réellement. Je pars tué celui à cause de qui cette guerre a débuté, celui à cause de qui mon fils a été tué. Au noir du mépris de ma danse, je marche désormais sans aucune contrainte de règles quelconques dans ce monde où la nature a repris le dessus. Je me déplace à la cadence de ma vengeance, à la cadence de ma haine envers cette société. Il me faut repartir ! Demain, je serai à la gare. (Il sort côté cour. La scène s'éteint)

 

****

Scène 5

 

(On entend le sifflement d'un train qui entre en gare. La scène s'allume. Au milieu de celle ci, des banquettes de train. Lorenzo entre sur scène côté jardin.)

 

Lorenzo : Me voilà enfin dans un train ! Néanmoins, la fatigue ne calme pas ma haine. (Il s'assoit) Je vais maintenant méditer ma vengeance et préparer l'acte qui apaisera ma conscience.

 

(Un homme noir entre sur scène côté jardin)

 

Ahmed : Oh excusez moi monsieur ! Je me suis trompé de cabine.

 

Lorenzo : Ne vous excusez pas, vous êtes le bienvenu. Je suis l'un de ceux qui a voté en votre faveur. (Ahmed hésite à partir, Lorenzo insiste) Je vous assure, venez si vous le désirez.

 

Ahmed : Excusez ma méfiance, Monsieur, mais comprenez que je crains chaque blanc que je croise.

 

Lorenzo : Et moi je considère que tous les hommes ont les mêmes droits. Peu importe leur couleur, leur religion, leur nationalité. La nature les avait fait en homme, la société les a malheureusement transformés en humains.

 

Ahmed : Vos paroles me paraissent sincères, j'accepte votre invitation.

 

Lorenzo : Prenez vous ce train pour aller combattre le pouvoir ?

 

Ahmed : Oui ! Je rejoins la manifestation. Je ne peux me battre tout seul. Et vous ? Pourquoi prenez vous ce train ?

 

Lorenzo : Je vais abattre le pouvoir. Ne pouvant concevoir un avenir par un tel système, je cherche à changer les choses.

 

Ahmed : Un homme qui se préoccupe des générations futures comme vous est admirable. Vous êtes prêt à mettre votre vie en péril pour vos idées.

 

Lorenzo : Je ne suis pas un homme aussi formidable que vous le dites : j'ai laissé mon fils partir à cette guerre, il en est mort.

 

Ahmed : Il a suivi l'exemple de son père.

 

Lorenzo : Non ! C'est lui qui me sert d'exemple. Figurez vous que je ne serais pas là à vous parler s'il était resté à l'abri des combats. Je serais à ses côtés en ce moment.

 

Ahmed : Je vous comprends.

 

Lorenzo : Non, vous ne comprenez rien car vous ne savez rien de moi.

 

Ahmed : Que voulez vous dire ?

 

Lorenzo : Je vous dis que j'ai agi de façon à pousser involontairement mon fils dans cette guerre. Mes fréquentations ne lui plaisaient pas car, selon lui, je souillais la mémoire de sa mère.

 

Ahmed : Peut être était il trop jeune pour percevoir votre besoin d'une nouvelle passion.

 

Lorenzo : Je ne lui disais rien, il le devinait tout seul. Ce n'est que lorsque je lui ai avoué ma dernière conquête qu'il a mal supporté mon silence. Après lui avoir expliqué que la solitude m'effrayait, je lui ai confié que je serais un fardeau de conscience pour lui si je ne relevais pas la tête.

 

Ahmed : Mais quel rapport avec cette guerre ?

 

Lorenzo : Je ne vous ai pas tout dit. A mon grand désarrois, mon fils était un raciste. Mais juste avant qu'il se rendre aux urnes, j'ai réussi à le convaincre de voter en votre faveur. Quand cette guerre a éclaté, il a voulu défendre les opinions de son vote.

 

Ahmed : L'amour que vous portez à votre fils est vraiment admirable, la preuve en est votre vengeance.

 

Lorenzo : Ce sont les remord qui me font agir et non le courage. Je veux que là haut, il soit fier de moi. Mes paroles devant lui ignoraient sa souffrance. J'ai été malhonnête envers lui et c'est ce mal qui l'a emporté jusqu'à sa mère. Le garder dans l'ignorance me semblait être la meilleure des solutions. Je me suis trompé. En allant abattre ce pouvoir, j'espère assainir les moindres recoins de ma conscience.

 

Ahmed : Il ne faut pas vous culpabilisez ainsi.

 

Lorenzo (Il se lève) : J'accuse mon silence, j'accuse mon attente de son retour et ceci jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Être passé à côté des meilleurs moments de sa vie est une chose affreuse pour un être humain. J'ai laissé passer le temps, je le déplore aujourd'hui. Maintenant, je refuse de disparaître en silence au sein d'un système sans pitié, sans humanité.

 

Ahmed : Mais quelle est la véritable cause que vous défendez ? La mort de votre fils ou la liberté des étrangers ?

 

Lorenzo : Je suis conscient que l'attentat ne ramènera pas mon fils mais au moins je défendrai la cause pour laquelle il est mort.

 

Ahmed : Mais ce fils dont vous me parlez ?... Vous agissiez pour ne pas être, par votre solitude, un fardeau de conscience pour lui. N'est ce pas lui maintenant qui est devenu un poids en votre âme ? Pourquoi voulez vous venger quelqu'un qui vous a puni de vos précautions ?

 

Lorenzo : C'est mon fils, la nature en a voulu ainsi. C'est mon fils, comme vous vous êtes un homme noir. Nous sommes tous des enfants du monde. La bougie qui illumine mon espoir de tolérance dans ce monde glacial ne s'éteindra que lorsque ma capacité d'agir sera entièrement consumée.

 

Ahmed : Vous êtes prêt à vous sacrifier pour des idées exemplaires, vous êtes un saint.

 

Lorenzo : Je n'accepte pas votre compliment car je trouve que c'est une attitude qui va de soi. Et d'ailleurs, je n'accepte aucune divinité. C'est une raison de plus de séparer les hommes et de les mener à de tels conflits. Maintenant, excusez moi, mais je souhaite me reposer pour accomplir mon geste demain.

 

Ahmed : Je vous comprend. (Lorenzo sort) Cela fait bien longtemps qu'un blanc ne m'a cédé sa place. A vrai dire... Je crois que c'est la première fois. Les yeux de cet homme reflètent son amertume envers la société. Le prologue de sa souffrance est encore un peu flou pour moi, mais je perçois l'intensité de son malaise. Il s'engage dans un combat qui n'est pas le sien. Il agit par vengeance et par considération de l'humanité. C'est un homme a qui l'on doit le plus grand respect. (Il reste silencieux un court instant, réfléchissant.) Et pourtant !... Je ne le connais pas. Il a tenu des propos ce soir qu'il regrettera peut être demain. La fatigue a peut être joué un rôle dans sa défaillance. M'aurait il porté une quelconque attention avec un corps et un esprit reposés ? Aurait il défendu sa couleur pour éviter notre rencontre ? M'a t-il menti ? Je dois conserver la plus grande méfiance envers cet individu. Les traites sont partout en période de révolte. Leur stratégie va peut être même jusqu'à la plus basse province. Ainsi ils connaissent mieux la réalité du terrain. (A nouveau, il reste un court instant silencieux.) Et pourtant... Je crois que cet étranger est sincère. Je ne peux me justifier, c'est vrai... Quelles sont les vraies raisons de sa révolte ? Peut être disait il vrai... Le flou demeure. Comment peut il être aussi certains d'atteindre son but ? L'ignorance persiste. Quelle stratégie va t-il adopter ? Le secret reste inviolable en l'absence de discussion. Et jusqu'où l'emportera la flamme de sa haine ? Fera t-il un acte qu'il regrettera ensuite ? Et si son geste s'avère inutile ?... Si nos ennemis gagnaient cette guerre ?... Ce sera alors un homme tombé pour l'honneur, mais tombé quand même. Sa vengeance servira alors tout un peuple. On aura conscience que l'on avait au moins un blanc de notre côté. Il est une petite flamme dans ce glacier, mais une flamme quand même. Il est l'homme qui se sacrifie pour une idée qui, je l'espère, sera de l'évidence demain. Oui, on peut l'admirer comme un Dieu. (Il réfléchit silencieux un instant.) Mais l'admirer ne suffit pas. Sa victoire serait plus aisée s'il se savait soutenu. Et pourtant !... Tant de doutes et de questions tourbillonnent en mon esprit. Je ne peux bâtir un édifice de sédition avec des incertitudes. Je m'entretiendrai avec cet homme demain afin de vérifier la logique de ses propos. Pour le moment, je vais suivre son exemple en me reposant.

 

(La scène s'éteint)

 

****

Scène 6

 

(La scène s'allume, elle est vide. Ahmed entre côté jardin)

 

Ahmed : La banquette du train n'était pas très confortable. Enfin ! Le problème le plus préoccupant n'est pas celui ci.

 

Lorenzo (Entrant sur les traces d'Ahmed) : Attendez cher ami ! Puisque nous sommes obligés de parcourir le reste du trajet par nos propres moyens, peut être pourrions nous faire la marche ensemble.

 

Ahmed (Se tournant vers Lorenzo en lui tendant la main) : Bonjour ! Êtes vous bien reposé ?

 

Lorenzo (Serrant la main d'Ahmed ) : Bonjour ! J'ai perdu connaissance dans le milieu de la nuit malgré ma mauvaise position pour dormir. Néanmoins, j'ai la même détermination pour abattre ce pouvoir.

 

Ahmed : Vous semblez si sûr de vous ! Quelle stratégie peut offrir une telle confiance à un seul homme ?

 

Lorenzo : Aucune, je vous assure, la volonté de venger la mort d'un enfant suffit.

 

Ahmed : Mais comment peut on aller se battre sereinement sans aucune stratégie précise ?

 

Lorenzo : Comment ferait-on si cette soi-disante stratégie échouait ? Nous serions obligé de reculer. Pour empêcher l'ennemi de nous barrer la route, il ne faut pas avoir de chemin. Ainsi nous prendrons les éléments comme ils viendront et nous les passerons les uns après les autres.

 

Ahmed : Mais si l'envergure de l'ennemi est trop forte, que ferons nous ?

 

Lorenzo : Alors !... Alors pour ma part j'improviserai afin d'atteindre mon but. Peu importe le temps qu'il faudra.

 

Ahmed ( D'un ton insistant) : Mais quelle est la véritable force qui vous porte en de telles confiances°? Voilà plusieurs heures que j'y réfléchis et pourtant cette question reste vaine en mon esprit.

 

Lorenzo : Mon hostilité envers ce peuple inhumain est la seule dignité qu'il me reste pour vivre.

 

Ahmed : Que voulez vous dire ?

 

Lorenzo : J'ai dirigé mon existence de manière odieuse. En effet, l'infidélité s'est emparé de moi bien avant la mort de ma femme ; mère de l'enfant que je venge. Par accident, elle est morte l'âme en paix, ignorant mes mensonges, mon silence. Aujourd'hui, en accomplissant mon acte, je prouve mon souvenir envers elle par l'intermédiaire de mon fils. Elle !... Elle dont aucune poésie n'égalait sa beauté. (Il lève les yeux au ciel) Dans ces flashs éphémères qui me reviennent, j'admire sa gentillesse, la politesse de ses mots, la joie qu'elle me procurait et qu'elle m'offrait sans conditions. Malheureusement, cette bougie à la fois rassurante et capable de redonner le moral à une armée pressentant la défaite, s'est éteinte un matin d'automne. Je gardais un minuscule espoir de retrouver son identique un jour. Mais chaque jour qui passait me certifiait que cette femme était unique. Certes, mon fils me protégeait de cette solitude mais il serait un jour reparti faire sa vie. Il était ma seule réelle lumière. Et aujourd'hui, dans l'hiver de ce système, j'ai tout perdu et je cherche le pardon. Celui ci me viendra du ciel si je réussis ma mission. Mon fils n'était qu'un pion que l'on déplaçait, et je n'étais même pas parmi ce on. Les cicatrices de mon cœur se sont réouvertes le jour où mon fils m'a laissé pour rejoindre sa mère. Je n'ai fait que contourner sa souffrance et voici qu'aujourd'hui j'ai percé devant vous l'abcès qui infectait mon cœur depuis ce matin triste d'automne.

 

Ahmed (Gêné et abassourdi) : Vous... Vous avez perdu votre fils et vous souhaitez le venger. En abattant le pouvoir, non seulement vous relevez la tête mais vous agissez aussi sur l'histoire de l'humanité.

 

Lorenzo : Vous avez raison ! Relevez la tête face aux éléments les plus grave est une preuve d'existence. La mémoire est la braise qui fume. Le feu est éteint mais la trace de son passage est encore là. Je considère encore pouvoir écrire mon existence sur des pages blanches. Ces feuilles me permettront d'affirmer, sans peur du tort, que la conscience corrige la corruption en chacun des hommes. J'en ai l'expérience. Allons ! Allons aujourd'hui ! Menons une réflexion fraternelle. Oui ! N'ayons plus peur d'afficher ce que l'on pense personnellement.

 

Ahmed : Mon ami ! Calmez vous, ce n'est pas si facile que...

 

Lorenzo : Mais bien sûr que c'est abordable ! Réfléchissez ! Afin que l'aide à ces populations rejetées ne soit plus une gloire mais quelque chose de tout à fait naturel ; afin de prouver que notre existence a participé à la bonne cause et que nos descendants la perpétuent, afin que notre réputation soit admirée par nos descendant, agissons dans le respect du droit moral et aucun autre. Passons outre les politiques, les religions et autres notions effaçant l'humanitaire. Ces notions nous domptent d'après des règles comme des animaux. Ce sont elles qui opposent les hommes. Les opinions de chacun se différencient et l'homme devient ainsi un être incapable de supporter la totalité de son milieu, ou plutôt la totalité de l'histoire dont il est issu et dont il assure la continuité en y imposant son propre grain de sable. (Il continua essoufflé) S'il est vrai que nous sommes impuissant face au passé, il est vrai aussi que nous pouvons créer un avenir heureux pour l'humanité.

 

Ahmed : Mais vous remettriez tout en cause.

 

Lorenzo : Ceci suffit à satisfaire mon envie de dire : Non, plus jamais ça. Rassemblons nous tous et prouvons à ce soit disant dieu, constructeur de la tour de Babel, que nous n'avons nul besoin de la mort pour être identiques. Décorons les armes de fleurs pour oublier peu à peu et à jamais leur fonction principale. Le compromis n'a qu'une arme pour favoriser sa constitution et son développement : les mots. Celui qui refuse un compromis n'est pas digne d'être humain mais il est libre de revenir sur ses opinions. Enfin disons une bonne fois pour toute à tout ceux qui s'obstinent à la provocation du mépris : allez vous faire foutre. Ainsi, en cultivant notre franchise, nous en récolterons une paix d'esprit, une liberté d'opinions loin de toute pan-urge.

 

Ahmed : N'avez vous pas peur de ne récolter de cette liberté d'expression une anarchie plus terrible encore que le système actuel ?

 

Lorenzo : Que perdrions nous ? Ce monde, ce système, cet engrenage bâti par nos pères est impitoyable. La guerre a éclaté et elle s'étend dans tout le pays. Les opprimés de race, de politique, de promesse non tenues, sont à la recherche d'un abri. Je déplore le manque d'honnêteté de la société voguant selon la situation de l'autorité.

 

Ahmed : Le peuple a voté de manière démocratique.

 

Lorenzo : Mais le peuple ne désir pas un holocauste. Voyez ! La dame de la république ne contrôle plus ses fils. Elle se retire sous leur révolte. Et que risquons nous maintenant ? Nous sommes libre d'essayer un autre système. Demandons à chacun d'ôter le masque de leur groupe afin de connaître leurs réelles opinions. Nous observerons alors, j'en suis certains, de légères ou graves divergences vis à vis des propos qu'ils tenaient dans le passé. Aujourd'hui, je décide de sortir de l'ombre afin d'évoquer mes propres règles.

 

Ahmed : Ne faites pas cela ! Avec de tels idéaux, vous seriez arrêté.

 

Lorenzo : On veut taire tout risque de vérité et on préfère faire prospérer le mensonge. Mon cœur est brisé par cette atmosphère malsaine et glaciale. Cette société ne mérite que ma haine la plus intense car j'ai tout perdu. Je ne l'aimais déjà pas, et maintenant, je la hais plus que tout. Par ailleurs, je ne peux plus offrir la tendresse dont je suis rempli. C'est comme si on interdisait à un écrivain de coucher quelque lignes, à un chanteur de chanter ne serait ce qu'un refrain ou à un peintre de dérouler sa toile. Ce désir s'appelle la liberté. Mais personnellement, je souffre de ma solitude.

 

Ahmed : N'avez vous pas l'impression que cette souffrance vient de votre haine envers n'importe quel système ?

 

Lorenzo : Je suis une personne qui court et que l'âge et les évènements empêchent d'avancer. Je ne peux plus attendre pour me venger. Je suis un écrivain en trop d'inspiration pour l'avenir. J'ai uniquement peur de mourir avant de pouvoir écrire toute les solutions qui peuvent se présenter à nous.

 

Ahmed : Je comprends à présent les vraies raisons de votre présence à cette manifestation. (Ils sortent côté cour.)

 

(La scène s'éteint)

 

 

 

VERTU OU CORRUPTION

ACTE IV

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